La station de mesure de la qualité de l’air, installée aux Carabins par l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, a parlé. L’étude de ses relevés du 1er février au 9 avril, soit avant et après confinement – ce dernier est intervenu pour mémoire le 17 mars -, fait en effet état d’une remarquable stabilité dans les niveux de particules ultrafines, ainsi que l’illustre le diagramme ci-dessous.

 

« La mesure du nombre de particules est restée constante du 1er février au 9 avril », confirme Julien Dron, le responsable scientifique de l’Institut. Un compteur granulométrique de particules ultrafines mesure en effet le nombre de particules et détermine leur taille dans la gamme 0,01 à 1,1 µm. Mais cet équipement se double d’un spectromètre de masse aérosol compact, qui analyse les principales catégories chimiques composant les PM1 (particules inférieures ou égales à 1 µm), pour suivre en direct les évolutions de la composition de l’aérosol atmosphérique sur sa fraction la plus fine, majoritaire à Fos-sur-Mer. Les chercheurs de l’Institut travaillent encore sur l’étude du volet chimique, mais les données sont établies pour la masse de ces particules (leur poids). Et c’est là que nous attend une nouvelle surprise : « La masse des particules est passée du simple à plus du double !, constate Julien Dron. De 8,7 mg par m3 à 18,5 après confinement. »

Autrement dit, pas plus de particules, en nombre, mais plus lourdes. L’explication du phénomène est ardue et le responsable scientifique de l’Institut échafaude des hypothèses : « La baisse des émissions dues au trafic routier, qui a réellement diminué – presque plus de voitures, un peu moins de camions – ne représente pas grand chose sur les particules ultrafines, commente-t-il. En ce qui concerne les industries de la Zone industrialo-portuaire, elles n’ont pas arrêté d’émettre du jour au lendemain, et la plupart poursuivent leur fonctionnement, parfois en mode dégradé, comme on l’appelle. Pour quel impact sur leurs émissions ? Nous ne le saurons qu’après-coup, notamment lors des Commissions de suivi de site. Peut-être s’est-il produit un processus d’accumulation des particules, qui se sont agglomérées pour en former de plus grosses. » Responsable, en grande partie, la météo, comme l’indique le diagramme ci-dessous.

On le voit : les températures sont restées sensiblement identiques, mais le vent a chuté de manière très importante. Et particulièrement le mistral, qui protège généralement Fos-sur-Mer des pollutions en particules, notamment dans le quartier des Carabins – « Il les envoie ailleurs, mais c’est un autre problème », ajoute Julien Dron -, comme le montre la « rose des vents » ci-dessous.

 

 

 

Le mistral vient du nord-ouest et il est ici prédominant. Contrairement à la deuxième rose des vents, post-confinement.

Ici, c’est le vent du sud qui est clairement hégémonique, qui n’a pas pour effet de « chasser » les aérosols du territoire de la commune. On peut donc raisonnablement tirer la conclusion suivante : une météo particulièrement propice à la stagnation et l’accumulation des pollutions sur Fos-sur-Mer a contribué à des émissions remarquables en particules, y compris après le confinement. Mais il y a fort à parier que ces dernières auraient été encore plus importantes sans ledit confinement. Du reste, d’après les derniers prélèvements opérés ces quinze derniers jours, sans cette météo défavorable, « le volume des particules est pratiquement revenu à celui d’avant confinement », précise le chercheur.

 

 

Les données chimiques de l’aérosol atmosphérique fournies par ce même spectomètre de masse sont encore à l’étude, pour permettre une meilleure caractérisation des particules. Nous saurons un peu mieux quelles en sont les provenances et de quoi est fait l’air que respirent les Fosséens sous confinement. Nous ne manquerons pas alors de nous en faire l’écho.